Mythes contre Réalité : D’où vient vraiment la Boxe de la Mante Religieuse "Tang Lang Chuan" ?
Mon maître a mené il y a 20 ans un travail de recherche fascinant en se rendant directement sur le terrain, dans la province en Chine du Shandong, pour confronter les légendes populaires aux réalités historiques. En fouillant les archives et en étudiant les stèles funéraires, on découvre que l'histoire de la Boxe de la Mante Religieuse "Tang Lang Chuan" est bien différente de ce que l'on raconte parfois.
Le choc des versions : Qing Tao contre Yan Tai
Une controverse a longtemps opposé deux grandes villes de la même région, Qing Tao et Yan Tai, chacune revendiquant la paternité de ce style légendaire.
L'hypothèse de Qingdao : Le moine rebelle caché À Qingdao, la tradition locale affirme que le style a été fondé par un homme nommé Yee Chi au temple Hwa Yan, situé sur le mont Lung Shang. Selon cette version, Yee Chi et Wang Lang ,le fondateur traditionnel, seraient la même personne. Yee Chi était un chef rebelle historique qui a mené une révolte de dix ans contre la dynastie Qing en 1661. Traqué par l'armée impériale, il aurait réussi à s'enfuir, se serait caché dans ce temple, et aurait pris le nom secret de Wang Lang pour masquer son identité tout en créant son art martial.
La version de Yantai : Le berceau traditionnel À Yantai, le discours est très différent. Pour les écoles locales, Wang Lang est l'unique et véritable ancêtre du style, et celui-ci est né de manière purement laïque avec un concept de phiosophie taoïste dans les régions de Laiyang et Haiyang. Pour eux, l'histoire du moine rebelle de Qing Tao ne tient pas la route historique.
Le verdict des historiens
Dans l'imaginaire populaire et dans les films, on adore dire que tous les styles de Kung-Fu viennent du mythique Temple de Shaolin ou de temples taoïstes, comme ceux du mont Laoshan ou de Qing Tao. Cependant, les recherches modernes de mon maître et d'autres historiens montrent une réalité différente.
Les anciens manuels de l'école confirment que le style est né et s'est propagé à Yan Tai. Le style est en fait d'origine laïque et populaire. Il est né dans les villages de la région de Yan Tai (Shandong). Il a été développé et perfectionné par des experts locaux, souvent des hommes qui travaillaient dans les agences d'escorte armée ,les caravanes de sécurité qui protégeaient les marchandises contre les bandits.
Le rattacher à un temple ou à un moine célèbre comme Yee Chi était souvent une stratégie au XIXe siècle pour donner plus de "prestige", de mystère ou de légitimité à l'école. En effet, au XIXe siècle en Chine, les arts martiaux étaient souvent pratiqués par des sociétés secrètes ou des rebelles qui voulaient renverser la dynastie Qing ,comme Yee Chi. Le Temple de Shaolin est alors devenu le symbole spirituel de la résistance. Prétendre que ton style venait de Shaolin offrait deux énormes avantages :
Le prestige : Personne n'osait tester ou contester la légitimité d'un style "béni" par le mythique temple de Shaolin.
La couverture politique : C'était un signe de ralliement secret entre pratiquants qui partageaient les mêmes idées politiques.
En réalité, comme le prouvent les recherches de mon maître, Wang Lang était un expert laïque du Shandong qui a simplement observé la nature, le combat entre une mante religieuse et une cigale, et a combiné cela avec son excellente maîtrise de la boxe locale de sa région le Tang Lang de Yan Tai. C'est beaucoup moins "magique" qu'un temple secret, mais c'est tellement plus pragmatique et efficace !
Pourquoi nos histoires diffèrent-elles à l'étranger ? La barrière de la langue
Si la réalité historique est si claire en Chine, pourquoi a-t-on entendu des versions si différentes à Hong Kong ou en Occident ? Mon maître met le doigt sur un point crucial et pourtant entièrement oublié : le problème de la langue au début du XXe siècle.
Au début des années 1900, de grands maîtres du Shandong, comme Luo Guang yu, Zhao Zhuxi ou Bao Guangying), ont voyagé vers le Sud, notamment à Hong Kong, pour diffuser le style. Mais il y avait un problème de taille : ces maîtres ne parlaient que le dialecte du Nord , le Shandonghua, tandis que les habitants de Hong Kong parlaient le cantonais. Ils ne se comprenaient presque pas !
L'enseignement se faisait par le geste, de corps à corps. Face aux difficultés de communication, les élèves locaux et les générations suivantes à l'étranger ont interprété les histoires à leur manière, comblant les vides en propageant les mythes populaires de Shaolin ou de moines rebelles cachés, comme l'histoire de Yee Chi. Pendant des décennies d'isolement politique, la Mante Religieuse internationale et celle du Shandong ont évolué séparément, créant ce fossé de compréhension.
Conclusion
La Boxe de la Mante Religieuse n'est pas née de la méditation d'un moine bouddhiste ou d'un rebelle en cavale dans un temple. C'est un style d’origine laïque, populaire et villageoise. Il a été développé par des experts locaux pour l'efficacité brute, notamment pour les escortes de caravanes et la protection des marchandises à Yantai.